Télémédecine, Mythe ou Réalité ? Quels enjeux pour les personnes diabétiques ?

Guillot C., Naïditch N., Thébaut J.-F., Josse C., Servy H., Braithwaite B. (Juin 2021)


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Introduction : Depuis plusieurs années, mais surtout récemment avec la crise du Covid-19, la télémédecine a connu un réel essor. Nous avons conduit une enquête transversale dans le but d’interroger les usages de la télémédecine, du plus simple au plus avancé, par les personnes diabétiques ainsi que leurs attentes en termes d’évolutions et d’accessibilité.


Méthode : Le questionnaire était disponible du 03 avril au 04 mai 2020 et fut communiqué via différents canaux comme la base de contacts de la plateforme Diabèt’Acteurs (n=2936), un échantillon aléatoire de la base de la Féd. Française des Diabétiques (emailing à n= 10 000) et les réseaux sociaux.


Résultats : Sur les 1820 répondants, 53,6% étaient atteints de diabète de type 2, 51,3% étaient des femmes, la moyenne d’âge était de 60 ans (écart type : 13,5). Ils vivaient dans une commune de moins de 2000 habitants à 28,8%.


Parmi les usages de la télémédecine, les plus utilisés étaient la consultation des résultats de biologie et la prise de rendez-vous, utilisés plusieurs fois dans les 12 derniers mois par 70,7% et 51,8% des répondants respectivement. Ils étaient 21,3% à avoir déjà eu recours à la téléconsultation avec l’un de leurs médecins, 29,0% ne connaissaient pas ce service et 35,4% ne s’en étaient jamais servi ne sachant pas comment faire ou leur médecin n’étant pas équipé pour. Concernant le télésuivi de paramètres médicaux comme la glycémie, ils étaient 14,4% à s’en servir régulièrement et 38% ne connaissaient pas. Les personnes en emploi (20,0% vs 11,8%) ou sous insuline et suivi par un diabétologue (19,4% vs 8,4%) utilisaient plus fréquemment ce service.


La consultation à distance concernant le diabète était jugée adaptée pour :

  • un renouvellement d'ordonnance à 70,3%,

  • un simple conseil à 53,8%,

  • un avis sur l'évolution de la glycémie à 50,4%

  • gérer une urgence à 46,6%,

  • évoquer un sujet important lié au diabète à 44,0%.

Parmi les bénéfices personnels attendus de la télémédecine, les répondants étaient d’accord ou tout à fait d’accord à 71,7% que cela allait leur éviter des déplacements - plus particulièrement les personnes en emploi - , à 76,1% qu’ils auraient une réponse plus rapidement qu’en prise de rendez-vous classique.


Concernant les aspects éthiques de la télémédecine, 70,4% des répondants pensaient qu’elle réduisait les relations humaines et le temps de parole en consultation et 62,6% étaient favorables à un partage anonyme des données de santé pour la recherche.


En termes d’accessibilité, 87,8% des répondants étaient en faveur d’un accompagnement pour les personnes les moins à l’aise avec le numérique. Ils étaient favorables à la création d’espaces isolés et confidentiels dédiés à la télémédecine en mairie et en pharmacie à 65,6% et 67,5% respectivement mais seulement à 42,7% sur le lieu de travail.


Conclusion : De manière globale, les personnes diabétiques sous insuline suivies par un diabétologue et/ou les personnes en emploi sont plus au fait des outils et services disponibles et s’en servent plus. Il s’agit peut-être d’un effet générationnel s’agissant de patients sans doute plus jeunes atteints de diabète de type 1. Les répondants préfèrent utiliser la téléconsultation pour des renouvellements d'ordonnance ou des conseils et réservent les sujets les plus importants pour les consultations classiques. Ces pratiques étant en pleine expansion de par le contexte sanitaire, il serait intéressant de renouveler cette enquête dans quelque temps afin d’étudier leur évolution dans le temps.